Peu de mots ont fait autant de dégâts que celui-ci. À force d’avoir servi à culpabiliser, à classer les êtres en purs et impurs, il est devenu presque inutilisable pour qui a été blessé par lui. Beaucoup l’ont fui, et l’on comprend pourquoi. Pourtant, sous la couche morale qui l’a recouvert, le mot dit autre chose que ce qu’on lui a fait dire.
Le péché n’est pas d’abord une faute à punir, ni la transgression d’une loi qui offenserait un Dieu susceptible. Le mot grec des Évangiles, hamartia, vient du vocabulaire du tir à l’arc et signifie manquer la cible. Pécher, ce n’est pas être mauvais, c’est passer à côté, viser ailleurs que l’Essentiel, se tromper de direction sans même s’en rendre compte.
Dans une lecture non-duelle, le péché est cette séparation que nous croyons réelle : l’oubli de notre lien à la Source, l’illusion d’être un moi coupé du reste. Ce n’est pas une souillure qui s’inscrirait en nous, mais un regard qui s’est rétréci. En nous, une voix accuse, une autre se défend, une troisième voudrait tout réparer ; toutes tournent autour du même point aveugle, la croyance d’être seul-e et jugé-e.
Reconnaître son péché, ce n’est donc pas s’accabler, c’est s’apercevoir qu’on visait à côté et se réorienter. Le mot pour ce retournement, dans les Évangiles, ne veut pas dire se lamenter mais changer de regard. Là où nous nous croyions condamnés, nous découvrons que la cible n’a jamais bougé, et qu’il suffit de revenir à elle.
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