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Lexique non-duel de mots bibliques et spirituels
Peut-on vraiment dé-finir l’Infini, si définir signifie lui mettre une limite ?
Ce lexique est vivant, en perpétuelle évolution. Il se transforme au fil de vos questions et de la recherche commune à la Maison bleu ciel.
Les définitions proposées ici ne sont pas des vérités figées, mais des pistes, des invitations à explorer, à questionner, à reformuler. Provisoires, elles ouvrent un chemin, offrent des repères sans enfermer, éclairent sans figer le mystère. Si elles ne résonnent pas en vous, laissez-les de côté. Et si elles vous inspirent d’autres mots, d’autres formulations, suivez cet élan : c’est dans cette dynamique que ce lexique prend tout son sens.
Dans le domaine spirituel, les mots balbutient souvent. Ils ne sont que des éclats, des tentatives imparfaites pour pointer vers l’Indicible. Et au fil du temps, ils ont accumulé des couches, des interprétations, des rigidités qui les éloignent de leur source vive.
Les mots doivent être lavés pour retrouver leur limpidité. Ils ne prennent leur véritable sens que lorsqu’ils sont réaccordés à l’expérience, à la présence, à la résonance intime avec l’Essentiel. Ici, nous ne cherchons pas tant à les définir qu’à les laisser respirer à nouveau, à les délester de ce qui les alourdit pour qu’ils puissent redevenir ce qu’ils sont : des portes ouvertes vers l’Infini.
NoéNoé est celui qui entend l’appel avant que l’orage n’éclate, celui qui se met en route alors que tout semble encore intact. Il incarne cette part en nous qui pressent, qui écoute l’Essentiel même quand le monde autour ne voit rien venir.Construire l’arche, ce n’est pas fuir, c’est préparer un passage. C’est créer un espace où la Vie peut être préservée, où ce qui est essentiel peut traverser l’épreuve. Noé ne contrôle pas la tempête, il ne lutte pas contre le déluge, il se laisse porter par les eaux.Il nous rappelle que les crises ne sont pas des fins mais des passages, que l’important n’est pas d’éviter la tempête, mais d’avoir un lieu intérieur où elle ne nous engloutit pas.Lorsque les eaux se retirent, Noé sort de l’arche et fait une offrande. Il ne s’accroche pas à la peur, il ne reste pas enfermé dans ce qui l’a protégé. Il nous enseigne que l’essentiel n’est pas seulement de survivre, mais de renaître, de poser un regard neuf sur le monde, de marcher à nouveau sous le ciel ouvert.
NoëlNoël n’est pas seulement la naissance d’un enfant dans une crèche il y a deux mille ans. C’est l’éveil de la Lumière en chacun-e.Noël nous dit que l’Infini prend chair, qu’il se donne dans l’infiniment petit, dans ce qui est fragile et humble. Ce n’est pas une venue extérieure, mais une naissance intérieure. Chaque fois que nous nous ouvrons à la Présence qui veut naître en nous, chaque fois que nous laissons l’Essentiel prendre vie au cœur de notre quotidien, c’est Noël.
nommerNommer, dans la tradition biblique, ce n’est pas juste donner une étiquette, c’est révéler une réalité.Nommer quelque chose ou quelqu’un, c’est le reconnaître dans sa profondeur, lui donner un espace pour être. Mais l’Essentiel ne peut être enfermé dans un nom : chaque nom est un voile et une porte à la fois.
non-dualitéLa non-dualité n’est pas un concept philosophique, mais une expérience vivante : celle de l’Unité qui précède et dépasse toutes les oppositions. Elle ne nie pas les différences, mais elle révèle qu’elles n’impliquent pas de séparation.Dans l’Évangile, Jésus prie : "Que tous soient Un, comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi." (Jean 17,21). Il ne parle pas d’une unité extérieure ou d’un idéal à atteindre, mais d’une réalité qu’il vit pleinement et qu’il invite à expérimenter : vivre cette Unité qu’il vit, entrer dans cette conscience où l’illusion de la séparation s’efface.La non-dualité est un basculement de regard : cesser de voir le monde à travers l’opposition bien/mal, moi/l’autre, terre/ciel, nature/humanité pour reconnaître que tout est déjà relié, que l’Infini se dit dans chaque chose et chaque être vivant.Ce n’est pas un état lointain, c’est une Présence à laquelle on s’éveille, chaque fois que l’on se défait des filtres du mental et que l’on s’ouvre à ce qui est, tel que c’est. Là où l’on cesse de s’agripper aux identités fragmentées, l’Un se révèle comme ce qui a toujours été là.
nuditéLa nudité n’est pas seulement l’absence de vêtement. Elle est un état d’être, une transparence où rien n’est caché, où l’on se tient sans protection, sans masque, tel-le que l’on est.Dans la Genèse, Adam et Ève sont nus sans honte avant la chute (Genèse 2,25). Leur nudité est alors un état de confiance, de simplicité, où rien ne sépare encore l’humain de l’Infini. Après avoir mangé du fruit, ils cherchent à se couvrir (Genèse 3,7) : la peur s’est glissée, le regard s’est divisé.Jésus, sur la croix, est dépouillé de tout. Il traverse la nudité ultime : celle où il n’y a plus rien à défendre, plus rien à retenir. Mais c’est dans cette mise à nu que se révèle la Vie qui ne peut être enfermée.Être nu-e, c’est oser se tenir dans la vérité, sans se cacher derrière des rôles ou des apparences. C’est se délester de ce qui encombre, ne plus s’agripper à une image.La nudité intérieure n’est pas une fragilité, c’est une force qui ne dépend plus de rien. Là où nous cessons d’avoir peur d’être vus, nous retrouvons l’innocence du commencement, cet espace où tout est Un.
nuit obscureCe que saint Jean de la Croix appelle la nuit obscure n’est pas une simple crise ni un passage difficile. C’est un effacement profond des repères de l’égo, une descente dans l’obscurité où toute lumière familière semble éteinte. Mais ce n’est pas une absence : c’est le moment où l’âme — ou plutôt, l’égo — cesse de régner, où tout ce qui semblait solide se dissout pour laisser place à l’Essentiel.Dans cette nuit, la prière ne réconforte plus, les mots perdent leur saveur, la foi ne se sent plus. L’égo se débat, cherche un appui, mais le silence s’épaissit. Et pourtant, quelque chose se prépare, dans l’ombre, sans bruit : une alchimie intérieure.Saint Jean parle de cette nuit comme d’un chemin vers l’union, une transformation douloureuse mais nécessaire, comme la chrysalide avant l’éveil du papillon, ou comme l’amour qui conduit, dans l’obscurité, plus sûrement que la lumière du jour.Ce n’est pas la nuit de la perte, mais celle du dépouillement. Ce n’est pas la mort de l’âme, mais la mort de ce qui l’empêchait d’aimer pleinement. Loin d’être un échec spirituel, c’est souvent le lieu d’une renaissance silencieuse, le seuil de l’union avec le Je-suis. Une traversée silencieuse où l’égo se défait pour que l’Être advienne.La nuit noire de l’âme est ce passage mystérieux où le Souffle travaille en secret, non pour nous consoler, mais pour nous révéler. C’est l’aube invisible de l’Être.
numineuxLe numineux (du latin numen, « présence divine ») désigne l’expérience d’une réalité qui nous dépasse, une rencontre avec l’Infini qui à la fois attire et bouleverse. Ce n’est pas un concept que l’on peut saisir ni une émotion que l’on peut provoquer, mais un vécu qui ébranle et révèle à la fois.Jean-Yves Leloup montre que, selon les traditions, le numineux se dit différemment :Pour les Sémites, il est le "Non-Même", le "Non-Pareil", le Tout Autre, insaisissable, irréductible à toute pensée.
Pour les Grecs, il est le Même, l’Unique qui se manifeste dans le multiple, l’Un précisément ici.Mais ces deux approches ne s’opposent pas : le numineux est le Tout Autre, précisément ici, une transcendance irréductible qui se donne dans une immanence inévitable. Graf Dürckheim parlait de "transcendance immanente".Il surgit là où les opposés se rencontrent, là où l’on touche une réalité qui n’est ni une simple somme ni un mélange, mais un troisième terme qui les contient tous deux. Comme le cercle du Tao contient le blanc et le noir, le numineux inclut la plénitude et le manque, la lumière et l’ombre, l’attraction et la crainte.Il ne donne pas de réponse, il ouvre un espace. Il ne se comprend pas, il se vit, dans l’instant où toute séparation s’efface et où l’Insaisissable se laisse pressentir.