On a fait de l’apôtre Paul l’homme des dogmes, celui de la morale sévère et de la soumission, et beaucoup l’ont fui pour cela. C’est oublier qui il fut d’abord : un homme terrassé sur une route, retourné de fond en comble par une rencontre qu’il n’attendait pas.
Paul n’était pas un tiède. Il persécutait avec zèle ce qu’il croyait devoir combattre, jusqu’au jour où une lumière le jette à terre et le rend aveugle (Actes 9). Il faut qu’il perde la vue pour commencer à voir. Toute sa vie portera la marque de ce renversement : ce n’est pas par le mérite ou l’effort qu’on est transformé, mais par une grâce qui nous précède et nous dépasse.
Au cœur de son expérience, une parole dit tout : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Galates 2,20). L’ego a cédé la place, non par anéantissement, mais parce qu’une Présence plus vaste s’est mise à vivre en lui. C’est le Je-suis dont il témoigne, cette vie qui n’est plus celle du petit moi.
En nous, Paul est cette part qui peut basculer d’un extrême à l’autre, du zèle aveugle à l’abandon lumineux. Il rappelle que nul n’est trop loin, que celui qui combattait le plus fort peut devenir celui qui aime le plus, dès lors qu’il consent à être retourné.
« Retour au lexique