logos

Logos est un mot grec que l’on aurait tort de traduire trop vite. « Parole », « Verbe », « raison » : chacun n’en saisit qu’un éclat. La parole n’en est qu’une expression, la raison qu’un élément. Le laisser dans sa langue, c’est refuser de l’enfermer.

Il croise deux héritages. Du côté hébraïque, il traduit le Davar, l’événement d’être, ce qui fait être, et la Sophia, la Sagesse. Du côté grec, chez Héraclite et les stoïciens, il est le lien qui fait exister toute chose, ce à quoi le sage demeure à l’écoute. Jean, cet hébreu qui écrit en grec, tient les deux ensemble.

« Au commencement était le Logos » (Jean 1,1) : non un discours, mais la conscience créatrice par laquelle tout existe. Une information qui, à chaque instant, tient nos cellules, les étoiles et l’univers dans l’être, et sans laquelle tout se dissoudrait. En ce moment même, elle nous fait exister.

Ce Logos n’est pas d’abord intellectuel. Il informe notre intelligence, mais aussi nos amours, et il est tourné vers sa source, ce silence d’où la parole vient et où elle retourne. Une parole qui ne reconduit pas au silence nous disperse ; celle qui en est habitée nous unifie.

Se relier au Logos en soi, c’est entrer en communion avec les arbres, les animaux, les autres, car c’est le même qui nous habite tous. Il nous unit sans nous confondre et nous distingue sans nous séparer. En ce sens, il est agapè : ce qui rend capable d’alliance.

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