« Au commencement » : ainsi s’ouvrent la Genèse et l’Évangile de Jean. Mais le commencement n’est pas d’abord un moment situé au début du temps, un point de départ qu’on aurait laissé derrière soi. Le mot grec archê dit aussi l’origine, le principe, ce qui est à la source, non pas jadis, mais maintenant.
Car la vraie question de l’origine n’est pas « comment tout a-t-il commencé ? », mais « d’où cela vient-il, à l’instant ? ». D’où vient ce souffle que je respire, où retourne-t-il ? D’où naît cette pensée, cette émotion, ce désir qui monte en moi ? Remonter vers l’origine, ce n’est pas fouiller le passé, c’est descendre en amont de tout ce qui surgit.
C’est un exercice concret. Quand une émotion vient, elle naît souvent d’une mémoire, d’une blessure ancienne qui conditionne notre vie affective. Mais on peut remonter plus loin encore, jusqu’à ce qui, sous l’émotion, dit « je ». Qui aime en moi quand je dis « je t’aime » ? Qui est là quand je dis « je suis » ? À la source de nos pensées et de nos élans se tient ce Je-suis, origine de l’être même.
Et quand on remonte ainsi vers la source, en deçà des pensées et des affections, ce que l’on trouve n’est pas le vide, mais un grand silence et une présence. C’est là que Jésus invite quand il parle de connaître le Père, l’origine de son « Je suis ». Connaître le commencement, ce n’est pas savoir comment le monde a débuté, c’est reconnaître et aimer cette Source d’où, à chaque instant, jaillissent le souffle, la conscience et l’amour.
Voir aussi Je-suis, silence, désir.
« Retour au lexique