L’adoration n’est pas ce que le mot laisse croire : se prosterner devant une puissance, vénérer une image, s’abaisser devant un être supérieur. Ce sens-là a fait fuir, et il est peut-être l’exact contraire de ce dont il s’agit.
Adorer, ce n’est pas viser quelque chose ni fixer son regard sur un objet, fût-il sacré. C’est au contraire garder le regard dans l’ouvert, ne se laisser arrêter par aucune chose, aucune image, aucune représentation. Là est le paradoxe : quand on cherche à saisir une chose particulière, on se prive du tout ; mais quand on s’ouvre d’abord au tout, chaque chose retrouve sa juste place et nous est donnée par surcroît.
Il en va ainsi de l’amour même. Si l’on s’attache d’abord à une personne pour la posséder, elle peut nous cacher l’infini de l’amour, et tout peut nous être enlevé. Mais si l’on s’ouvre d’abord à l’amour infini, alors cet être singulier nous est donné, non comme une possession, mais comme une grâce où l’infini se laisse reconnaître.
C’est le sens des « vrais adorateurs » que cherche le Père, ceux qui adorent « en esprit et en vérité » (Jean 4,23). Non ceux qui visent un lieu ou une forme, mais ceux qui demeurent dans l’ouvert. Comme le souligne Jean-Yves Leloup, adorer, c’est cet acte d’ouverture de la conscience et du cœur par lequel tout nous est donné : une étoile, un érable, un héron, chaque être retrouvé à sa place dans la totalité. Adorer, aimer, s’ouvrir, et le reste est donné par surcroît. Voir aussi Samaritaine, amour.
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