Le temps n’est pas seulement cette ligne qui file du passé vers l’avenir, cette durée que mesurent les horloges et que l’on court sans cesse après. Réduit à cela, il devient une fuite, un manque, quelque chose qui échappe toujours.
Les Anciens distinguaient deux mots là où nous n’en avons qu’un:
- Il y a chronos, le temps qui s’écoule et se compte, celui des agendas et de l’urgence.
- Et il y a kairos, le moment juste, l’instant favorable, l’heure qui vient à point pour qui sait l’accueillir.
On peut vivre plein de chronos sans rencontrer un seul kairos, à force de n’être jamais là.
L’Écriture connaît cette autre qualité du temps : « il y a un temps pour tout » (Ecclésiaste 3,1), non le temps qui presse, mais le temps qui mûrit. Vivre autrement le temps, ce n’est pas mieux le gérer, c’est cesser de le fuir pour habiter l’instant en profondeur. Car l’éternel ne se trouve pas après le temps, mais au fond d’un présent pleinement reçu, là où chronos s’ouvre et laisse paraître ce qui ne passe pas.
Voir aussi le présent, éternel.
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