conscience

Le mot a deux visages qu’on confond souvent. Il y a la conscience morale, celle qui juge, qui dit « c’est bien, c’est mal », qui pèse nos actes et parfois nous accable. Elle est utile pour vivre ensemble, mais prise pour le tout, elle enferme dans le tribunal intérieur. Ce n’est pas d’elle qu’il s’agit d’abord ici.

Il y a une autre conscience, plus profonde et plus silencieuse : non celle qui juge, mais celle qui voit. Une présence capable d’observer les pensées, les émotions et les sensations sans s’identifier à elles. La tradition la nomme parfois le témoin. Elle ne commente pas, elle accueille ; elle est l’espace dans lequel tout va et vient, sans être aucun de ces contenus.

La sagesse ancienne, des Pères du désert à l’hésychasme, distinguait en l’être humain le corps, l’âme et l’esprit, et situait cette conscience véritable du côté de l’esprit : ce niveau qui n’est ni pris dans le mental qui raisonne, ni réductible à l’ego, mais qui les traverse et les éclaire.

Cette conscience n’est pas quelque chose que nous aurions à acquérir de l’extérieur. Elle est déjà là, seulement recouverte par l’identification à nos pensées et à nos automatismes. Le chemin ne consiste pas à la fabriquer, mais à la dégager, comme on dégage une source sous les feuilles mortes. C’est le travail de l’attention et de la présence.

S’éveiller, ce n’est donc pas gagner une conscience nouvelle, c’est cesser de s’identifier à ce qui passe pour se reconnaître comme cet espace qui accueille tout. Cet éveil se confond avec la découverte du Je-suis, cette identité profonde qui précède toute pensée sur soi. Non pas le juge, mais le témoin silencieux.

Voir aussi Je-suis, attention, éveil.

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