Le poisson est insaisissable. Il apparaît puis disparaît, file dans les profondeurs, vit dans ce qui échappe au regard, à la parole, au contrôle. Dans les Évangiles, il surgit souvent là où l’on ne s’y attend pas : dans les paniers du partage, dans le filet du large, ou encore grillé au petit matin sur le rivage du Ressuscité.
Très tôt, il devient symbole discret du Christ, sous la forme du mot grec ichthus, qui contient une confession de foi codée. Mais ce n’est pas un emblème triomphant : c’est un signe discret, humble, glissant comme un secret entre les vagues.
En nous, le poisson est ce qui vit dans les eaux profondes de notre intériorité, ce qui échappe à la pensée linéaire et pourtant nous habite puissamment. Il nage dans les courants du Souffle, là où naissent les élans sans forme, les intuitions sans mots.
Le rencontrer, c’est accueillir ce qui remonte des profondeurs du silence, ce qui cherche à se dire autrement. C’est aussi renoncer à pêcher par avidité, et apprendre à attendre, à écouter, à se rendre disponible. Pêcher des poissons, dans les Évangiles, c’est aider à faire émerger ce qui était caché, en soi comme chez les autres.
Et si parfois le poisson se fait farceur — surtout au 1er avril — c’est peut-être pour nous rappeler, avec tendresse, de ne pas trop nous prendre au sérieux dans notre quête spirituelle. Il glisse entre les certitudes comme pour nous dire : l’Essentiel ne se laisse jamais attraper. Il se laisse suivre.
Le poisson est souple, mouvant, libre, et c’est sans doute pour cela qu’il nous apprend à nager dans l’Ouvert.
« Retour au lexique